J'ai pris le parti de ne citer que des livres qui m'ont vraiment plu, ce qui ne m'empêche pas d'en critiquer certains points.
- Nimzowitsch A., Mon système ( tomes 1 et 2 ), Payot, 1993
Tous les fondements du jeu positionnel sont dans
ce livre, révolutionnaire à sa sortie en 1925. Parmi les notions importantes que Nimzowitsch est le premier à développer, on peut
citer la prophylaxie, mais aussi la blockade et autres
cavaliers bloqueurs de pions.
Quelques notions méritent aujourd'hui des ajustements, comme sa théorie de la surprotection,
parfois utilisable mais dont il a surestimé l'importance, ou son point de vue un peu trop statique concernant le
pion d isolé. Mais ces détails n'empêchent pas ce livre d'être formidablement pertinent aujourd'hui
encore.
Son style, ronflant et truffé de jeux de mots, en a rebuté plus d'un. Je fais partie de ceux que
cette écriture amuse ! Si vous lisez l'Allemand, lisez-le en version originale, ça doit être encore mieux.
Pour tous niveaux, y compris les débutants car l'auteur commence vraiment par la
base.
- Nimzowitsch A., Pratique de mon système, Payot, 2004
Tout est dans le titre ! Pour ceux qui en veulent encore, après les deux petits tomes précédents.
- Watson J., Secrets of modern chess strategy : advances since Nimzowitsch,
Gambit, 1999
Je me méfie toujours des titres racoleurs, surtout quand ils promettent des secrets. Mais là c'est le sous-titre
qui m'a convaincu de l'acheter, et aussi l'excellente réputation de l'auteur, le
MI
américain John Watson.
Dans une première partie, Watson passe en revue tous les éléments stratégiques
développés par Nimzovitsch, et explique ce qui a évolué dans notre compréhension du jeu depuis
1925.
Dans la seconde partie, il développe son idée principale : l'indépendance vis-à-vis des
règles.
Les joueurs de haut niveau actuels ne se sentent plus obligés de suivre dogmatiquement les recommandations stratégiques classiques.
Ils connaissent bien sûr ces règles et en tiennent quand même compte bien souvent, mais la plupart du temps ils jouent simplement
ce qui fonctionne le mieux, de façon très pragmatique. Et il analyse de nombreux cas pour appuyer sa thèse,
par exemple il constate que les joueurs modernes ne craignent plus du tout de placer un cavalier au bord, du moment qu'il a un rôle
utile et concret à cet endroit.
Qu'on soit complètement d'accord ou pas avec les idées de Watson, on voit forcément les échecs sous
un angle différent après l'avoir lu, c'est un excellent remède contre les entraîneurs-gourous aux méthodes
échiquéennes infaillibles.
Recommandé pour des joueurs qui maîtrisent déjà bien les principes stratégiques classiques, disons
au dessus d'un élo de 1900 ou 2000.
- Dvoretsky M., Yusupov A., Positional Play, Batsford, 1996
Dvoretsky est un entraîneur typique de l'école russe : très exigeant et rigoureux.
Mais aussi agréable à lire car il raconte beaucoup d'anecdotes, et c'est je pense cette combinaison d'exigence et de légèreté
qui le rend aussi efficace.
Yusupov est l'un de ses meilleurs élèves, trois fois demi-finaliste du Tournoi des Candidats. Il est devenu lui aussi entraîneur.
Certains chapitres sont écrits par d'autres auteurs, notamment un certain Kramnik.
Ce livre a influencé beaucoup de joueurs dans leur compréhension du jeu, et tout particulièrement le brillant chapitre
sur la prophylaxie, technique qui consiste à anticiper les idées adverses, les évaluer et ensuite
les interdire quand elles en valent la peine.
Je ne joue plus de la même façon depuis que je l'ai lu !
De nombreux sujets positionnels sont abordés, par différents auteurs, et le lien entre les différents chapitres
n'est pas toujours évident. C'est plus un recueil d'articles et de cours un peu fourre-tout plutôt
qu'un manuel structuré, comme en témoigne le chapitre de Kramnik sur la Hollandaise, qui est certes très instructif positionellement
mais arrive un peu comme un cheveu sur la soupe.
Mais l'excellente qualité de toutes les contributions en fait un ouvrage incontournable.
Dans sa version initiale ce livre est probablement épuisé, mais une nouvelle version, peut-être un peu remaniée,
est sortie chez Olms en 2007 sous le titre à rallonge School of Future Champions 4 : Secrets
of Positional Play.
Recommandé si vous êtes motivé pour travailler dur. Elo minimum : 2000.
- Lipnitsky I., Questions of Modern Chess Theory, Quality Chess, 2008
Isaac Lipnitsky, double Champion d'Ukraine, a publié cet ouvrage en 1956, en langue russe.
Il y explique la stratégie dans les ouvertures, en intégrant les idées, nouvelles à l'époque, de l'école
soviétique.
Remarquons au passage que depuis 1956 l'eau a coulé sous les ponts : la théorie des ouvertures a connu une véritable explosion, et les
joueurs sont devenus beaucoup plus pragmatiques. Mais les principes stratégiques, eux, n'ont pas changé, et c'est ce qui fait
l'étonnante modernité de ce livre.
Il est divisé en seize chapitres, qui traitent des thèmes et notions variées comme le centre, l'évaluation d'une position, l'approche
concrète, ou l'initiative.
Il prend bien souvent ses exemples dans les parties d'Alekhine, de Botvinnik, ou dans les siennes.
Comme l'explique Karpov dans la préface, le travail de Lipnitsky a eu une influence considérable
sur les joueurs de l'élite, par exemple Botvinnik et Fischer, qui le citaient régulièrement dans leurs analyses.
Mais les joueurs de l'ouest n'avaient pas accès à cet ouvrage publié en russe, hormis quelques russophones comme Fischer, et il aura fallu
attendre l'année 2008 pour qu'on puisse enfin le lire en anglais.
Cependant, les idées de Lipnitsky ont déjà été assimilées et utilisées
par tous les auteurs de l'est, et ses exemples ont été abondamment repris dans différents ouvrages qui eux ont été traduit en anglais.
Donc rien de révolutionnaire aujourd'hui dans ce livre, mais il est bien structuré, agréable à lire, les exemples sont bien choisis,
alors pourquoi se contenter des imitations ?
Recommandé à partir de 1800 élo.
- Dvoretsky M., Secrets of Chess Tactics, Batsford, 1992
Combinaisons tactiques, attaque, défense, décisions pratiques : tous ces thèmes et beaucoup d'autres sont étudiés
sous tous les angles dans cet excellent livre, un classique de Dvoretsky.
Attention : fidèle à son style l'auteur n'a pas pour but de vous mettre en confiance, mais de vous faire prendre
conscience du travail qu'il reste à accomplir. Parfois, après avoir essayé en vain de
résoudre un exercice très difficile, on peut être surpris de lire que la solution est, selon Dvoretsky, triviale !
Le texte se lit comme un roman, ou plutôt un recueil de nouvelles, mais les exercices demandent beaucoup
d'implication et de concentration si vous voulez en tirer le maximum.
Une nouvelle version est sortie chez Olms en 2003 sous le titre School
of Excellence 2 : Tactical Play.
Elo minimum : 2000.
- Blokh M., Combinative Motifs, Hannaco Enterprises, 2006
Un excellent recueil d'exercices tactiques, qui sont classés par motifs
tactiques, ce qui est très utile pour cibler son entraînement. Ils sont aussi classés par difficulté.
Un détail original : les diagrammes sont à la fois des exercices pour les blancs et pour les noirs, c'est-à-dire que quelque soit le trait
il y a une solution à trouver !
Maxim Blokh est aussi l'inventeur de l'excellent logiciel CT-Art, dans lequel les exercices sont les mêmes.
Ce livre est donc la version papier de CT-Art, pour ceux qui ne veulent plus user leurs yeux sur un écran.
Pas de texte dans ce livre, seule la notation internationale est utilisée. Et donc vous ne trouverez
pas d'explications des combinaisons, et pas d'indices. Il faut déjà avoir compris les mécanismes tactiques
de base pour apprécier ces exercices. Recommandé entre 1200 et 2400 élo.
- Dvoretsky M., Dvoretsky's Endgame Manual, Russel Enterprises,
2003
Ce manuel des finales théoriques est déjà devenu un classique.
L'accent est mis sur les finales qui arrivent le plus souvent dans la pratique, et les plus importantes
selon Dvoretsky sont imprimées en bleu.
Ainsi on distingue clairement ce qu'on doit absolument connaître de ce qui relève de l'exemple, de la démonstration, de l'approfondissement
ou de l'exercice.
Une autre trouvaille pédagogique : les tragicomédies
. A la fin de chaque section on trouve des exemples de joueurs
de haut niveau, y compris Kasparov, qui se trompent dans les finales qu'on vient juste de travailler. C'est à la fois amusant, instructif
et rassurant !
Certains reprochent à ce livre d'être incomplet, il manque par exemple la fameuse manoeuvre du W dans la finale roi,
fou et cavalier contre roi.
C'est la conséquence du parti pris de l'auteur, axé sur la pratique, qui le conduit à faire des choix discutables pour les puristes.
Ce livre n'est pas un traité complet des finales, mais bien un manuel pratique.
Olibris a édité une traduction française, le Manuel des finales.
Mais cette version est maintenant épuisée et introuvable.
Une limite : les explications sont généralement succintes, ce qui rend ce livre trop difficile pour un joueur
de club moyen. Elo minimum : 2000.
- Villeneuve A., Les Finales (tomes 1 et 2), Grasset, 1998
Un ouvrage très complet sur les finales théoriques, et en Français !
Alain Villeneuve transmet sa passion pour les finales grâce à une écriture haute en couleurs, et ça fonctionne bien. En plus
des passages didactiques on trouve aussi dans ce livre de belles études.
Mais une écriture agréable ne suffit pas pour qu'on puisse lire d'une traite un tel pavé (presque 800 pages).
Et cette masse d'informations risque de vous rebuter au premier abord.
Je vous recommande plutôt d'en lire un passage de temps en temps. Personnellement je l'utilise depuis des années comme
ouvrage de référence à chaque fois que j'ai un doute sur une finale théorique. Et je le relis avec toujours
autant de plaisir !
Recommandé à partir de 1800 élo, si vous voulez tout savoir sur les finales
théoriques.
- Rosen B., Entraînement aux Finales, Olibris,
2010
Un simple manuel d'apprentissage conçu par Bernd Rosen, un entraîneur allemand.
C'est un excellent choix pour commencer l'étude des finales, car l'auteur part vraiment de la base, ses explications sont claires et
il va à l'essentiel.
Je l'utilise avec mes plus jeunes élèves.
Chaque chapitre est conçu comme une leçon qui commence par un exemple, suivi de six
exercices à résoudre. Ces six exercices sont ensuite corrigés avec des explications.
Et pour ceux qui veulent aller plus loin, on trouve une série d'exercices supplémentaires.
Recommandé pour un élo en dessous de 2000.
- Cherechevski M., La stratégie dans les finales, Grasset, 1993
Le
MI biélorusse Cherechevski a écrit ce livre à partir d'articles du
maître soviétique Belavenets et de cours réalisés conjointement avec Dvoretsky. Il a efficacement
synthétisé
leurs idées.
Il traite des finales avec encore
plusieurs pièces dans chaque camp, un sujet important car avant d'obtenir
une finale théorique on doit bien passer par là.
Un grand succès d'édition : tiré à
500 000 exemplaires à sa sortie en URSS en 1981, le livre est rapidement
épuisé !
L'auteur apporte sa touche pédagogique personnelle : une écriture claire et à la portée de tous,
avec peu de variantes et d'analyses.
Et surtout les finales ne sont pas classées par matériel mais par méthode, par exemple
un chapitre a pour titre "ne vous pressez pas". C'est l'objectif de cet ouvrage : nous faire comprendre
les idées et les méthodes en finale.
C'est le livre de finales que je conseille en premier, car il se lit comme un roman et donne le goût des finales.
Hautement recommandé entre 1200 et 2300 élo.
- Flear G., Practical Endgame Play, Everyman Chess,
2007
Le
GM Glenn Flear étudie les finales avec
deux pièces
(en plus du roi)
pour chaque joueur. Il appelle ça les
nuckies
, un raccourci pour
not quite an endgame
.
L'auteur démontre par des statistiques que le sujet a une
grande importance pratique, par exemple la finale
tour et pièce mineure contre tour et pièce mineure se présente dans presque 20% de nos parties !
Et le
projet scientifique est ambitieux : étudier toutes les combinaisons de pièces possibles avec un
chapitre pour chaque rapport matériel.
Le résultat est un gros livre de 544 pages, qui contient des finales très bien choisies issues du plus haut niveau
et de la pratique personnelle de l'auteur.
Les statistiques présentées au début de chaque chapitre sont instructives, car elles sont réalisées sur des
parties de haut niveau.
Mais les conclusions par rapport matériel sont assez décevantes
dans la plupart des cas. On découvre des points communs entre les finales d'un même chapitre, mais les caractéristiques de ces finales
sont généralement trop diverses pour que Flear puisse dégager des principes stratégiques utilisables dans la pratique.
Cette limite du livre est la conséquence de la méthodologie choisie : étudier ces finales en fonction
du matériel est très rigoureux, mais pas aussi instructif que l'approche par méthode à la façon de Cherechevski.
Finalement j'apprécie ce livre comme une excellente collection de finales de haute qualité,
annotées de façon agréable, sans excès de variantes.
Une version française est sortie chez Olibris en 2008 sous le titre
En finale (tomes 1 et 2).
Recommandé si vous souhaitez consacrer du temps à ces finales, et si votre élo est au dessus de 2000.
- Watson J., Maîtriser les ouvertures ( tomes 1 à 4 ), Olibris, 2009
Cet ouvrage, en quatre gros volumes de 400 pages chacun, a pour objectif d'expliquer
aux joueurs de club toutes les ouvertures, dès les premiers coups et avec des mots. Et John Watson sait
très bien expliquer la logique des débuts de partie.
Le but n'est pas de donner toute les variantes en détail, mais de montrer les principales directions empruntées par la
théorie. On peut ainsi se forger une vision globale de l'état actuel de la théorie des ouvertures.
Le volume 1 traite de 1.e4, le volume 2 de 1.d4, le volume 3 de 1.c4 et le volume 4 contient tout ce qui reste.
Bien sûr il n'est pas du tout nécessaire d'avoir les quatre tomes, je conseille plutôt de se contenter de celui qui correspond à notre
premier coup blanc, c'est déjà quelques heures de lecture !
On peut être surpris que l'auteur ait consacré tout un volume à l'Anglaise, autant qu'aux coups principaux 1.e4 ou 1.d4,
mais Watson est un spécialiste de l'Anglaise et il a beaucoup de choses à dire sur ce sujet !
Plus gênant à mon avis est l'oubli complet de quelques ouvertures, comme par exemple la Variante Sveshnikov
de la Sicilienne ou bien la Défense Petrov.
Je conseille quand même ce livre aux grandes qualités pédagogiques, mais regardez le sommaire avant d'en acheter un volume, pour
éviter toute déception.
Particulièrement adapté pour un élo en dessous de 2000, mais des joueurs plus forts
peuvent l'utiliser pour débuter sur une ouverture qu'ils ne connaissent pas du tout.