Lectures

Voici mes commentaires concernant des livres d’échecs qui peuvent vous aider à progresser aux échecs.

J’ai pris le parti de ne citer que des livres qui m’ont vraiment plu, ce qui ne m’empêche pas d’en critiquer certains points.

Stratégie, Jeu positionnel

 

  • Nimzowitsch A., Mon système ( tomes 1 et 2 ), Payot, 1993

systemeTous les fondements du jeu positionnel sont dans ce livre, révolutionnaire à sa sortie en 1925. Parmi les notions importantes que Nimzowitsch est le premier à développer, on peut citer la prophylaxie, mais aussi la blockade et autres cavaliers bloqueurs de pions.

Quelques notions méritent aujourd’hui des ajustements, comme sa théorie de la surprotection, parfois utilisable mais dont il a surestimé l’importance, ou son point de vue un peu trop statique concernant le pion d isolé. Mais ces détails n’empêchent pas ce livre d’être formidablement pertinent aujourd’hui encore.

Son style, ronflant et truffé de jeux de mots, en a rebuté plus d’un. Je fais partie de ceux que cette écriture amuse ! Si vous lisez l’Allemand, lisez-le en version originale, ça doit être encore mieux.

Pour tous niveaux, y compris les débutants car l’auteur commence vraiment par la base.

  • Nimzowitsch A., Pratique de mon système, Payot, 2004
prat_systemeTout est dans le titre ! Pour ceux qui en veulent encore, après les deux petits tomes précédents.

 

 

 

 

  • Capablanca J.R., Les principes fondamentaux des échecs, Olibris, 2016

Capablanca publie ce livre en 1921, un peu avant de devenir champion du monde.  Dans sa préface de l’édition de 1934, il estime que l’ouvrage n’a pas vieilli – malgré les publications des Hypermodernes comme Mon Sytème de Nimzowitsch en 1925 – et sera encore d’actualité dans un siècle, car les principes stratégiques fondamentaux sont immuables.

Le livre s’adresse à des joueurs qui débutent en compétition, et il part vraiment du début : les mats élémentaires comme Roi et Dame contre Roi sont expliqués. Mais il traite aussi de sujets plus riches comme les finales de tours, et certaines sont aussi passionnantes que complexes.

Capablanca estime qu’on doit d’abord étudier les finales, puis les milieux de jeu, et enfin les ouvertures, afin de savoir où l’on va. Et il étudie ces sujets dans cet ordre-là. D’ailleurs la part du livre réservée à l’étude des ouvertures est extrêmement courte. Un choix pédagogique intéressant, pertinent encore aujourd’hui quand on voit l’obsession de la majorité des joueurs de club pour les ouvertures.

Un tiers du livre – à la fin – est réservé à l’analyse de parties complètes. C’est souvent les siennes, et souvent des défaites ! Surprenant pour un joueur qui a perdu aussi peu de parties dans sa carrière, mais il en profite pour établir précisément la cause des défaites et démonte les analyses erronées de ses contemporains.

Ce n’est pas un grand ouvrage théorique – comme Mon Système de Nimzowitsch – car l’auteur conseille des méthodes pratiques à l’aide d’exemples plutôt que d’établir une description profonde et complète du jeu. Mais c’est un excellent recueil de bons conseils stratégiques et techniques, un point de départ très solide pour jouer en compétition.

Le style d’écriture est sobre, très clair, et les variantes sont courtes. Plutôt que d’expliquer longuement pourquoi une position est gagnante, il conseille de temps en temps aux débutants de voir ça avec un professeur. Ou d’y passer beaucoup de temps s’ils n’ont pas de prof. Le livre est court : la dernière édition chez Olibris ne fait que 116 pages.

Recommandé pour les apprentis compétiteurs, jusqu’à 1600 élo. Mais les finales de tours et les parties complètes sont instructives pour tout niveau.

 

  • Euwe M., Position et combinaison, Payot, 1968

Contrairement à ce qu’indique le titre, ce n’est pas du tout un manuel d’apprentissage de la combinaison. Ce livre est plutôt un manuel de stratégie élémentaire de l’utilisation des pions. Le Champion du Monde Max Euwe y établit une théorie du centre en fonction des différentes structures de pions possibles. Classique et clair.

Comme il s’agit d’un recueil d’articles publiés auparavant dans une revue, ça manque d’unité et certains chapitres semblent un peu à part du reste de l’ouvrage. Par exemple, après différents chapitre concernant les structures de pions, on a subitement un chapitre sur les méthodes positionnelles pour activer le Fc8 dans le gambit-dame.

La dernière grande partie du livre est composée de dix parties, analysées en lien direct avec la théorie du centre établie au départ. De belles et riches parties, presque toutes jouées en 1948.

Un livre très clair et instructif. On retrouve les qualités pédagogiques et le côté vieillot constatés dans ma critique de Jugement et Plan, la suite par le même auteur. A lire ci-dessous.

Recommandé entre 1200 et 1800 élo.

 

  • Euwe M., Jugement et Plan, Payot, 1973
 

Ce manuel de stratégie plutôt classique a une originalité annoncée par son titre : chaque diagramme proposé est analysé suivant une méthode qui consiste à établir un jugement, puis à définir un plan. C’est la suite de Position et combinaison.

L’ex Champion du Monde – et professeur de mathématiques – est un excellent pédagogue, et ce livre est agréable à lire, avec plus de texte que de variantes. Cependant le style est un peu vieillot – normal pour un ouvrage publié en 1952 – et la traduction est approximative pour certains termes techniques, par exemple les colonnes sont « demi-ouvertes » au lieu de « semi-ouvertes ».

Bizarrement le court 1er chapitre ne parle que de positions très tactiques, mais c’est pour mieux évacuer le sujet et se concentrer ensuite sur la stratégie. Dans le chapitre 2 – La majorité de pions sur l’aile-dame – l’auteur présente de bonnes parties très instructives, en commençant par deux gains de Botvinnik. Dommage qu’il présente uniquement des victoires pour le détenteur de la majorité à l’aile-dame, ça peut donner la fausse impression au lecteur que cet atout positionnel est suffisant en soi pour gagner une partie.

J’aime bien le chapitre Cavalier contre mauvais Fou, avec encore d’excellents exemples – par exemple sa défaite contre Alekhine à Londres en 1922. Ça aussi c’est appréciable : Euwe montre régulièrement ses défaites , il est plus modeste que d’autres… Je me demande bien pourquoi il n’a pas aussi écrit un chapitre sur les nombreuses situations où le fou est supérieur au cavalier.

Son chapitre Pions faibles traite du pion isolé, des pions pendants (nommés malheureusement pions en l’air) et du pion arriéré. C’est très court pour un sujet aussi vaste, mais ça peut constituer une base solide pour quelqu’un qui découvre ces sujets.

Le chapitre Colonnes ouvertes commence par l’utilisation des colonnes semi-ouvertes et plus particulièrement une étude de l’attaque de minorité. Avec encore des exemples très parlants, et une bonne suggestion défensive à la fin. Ensuite quand l’auteur s’attaque au sujet proprement dit de la colonne ouverte il cite le travail de Nimzowitsch, et réutilise les exemples classiques du grand théoricien. Dans un style littéraire beaucoup plus sobre !

Recommandé entre 1200 et 1800 élo. Idéal pour acquérir de bonnes bases stratégiques.

 

 

  • Anatoly Terekhin, 50 idées stratégiques pour gagner aux échecs, Olibris, 2013

 terekhinL’auteur de ce livre publié chez Olibris est un entraîneur russe né en 1950, Maître FIDE. Jamais entendu parler de lui !

Le concept marketing 100 parties de cela, 60 diagrammes sur ceci ou 50 idées là-dessus peut sembler superficiel et pourtant c’est un bon format : on ne prétend pas tout couvrir (tant mieux car toute la stratégie échiquéenne en un seul livre c’est présomptueux) et l’on segmente le contenu en courts chapitres qui peuvent se lire rapidement.

Le texte est concis, les idées sont expliquées clairement et rapidement. Ensuite place aux exemples, généralement des parties classiques, et là non plus pas de fioritures : les variantes sont courtes et peu nombreuses, c’est la stratégie qui prime. J’apprécie cette concision, mais les joueurs les plus faibles auraient sûrement apprécié un peu plus d’explications écrites dans les parties.

Certains des thèmes abordés sont classiques (principe des deux faiblesses, mauvais fou, etc…) mais d’autres sont originaux. Par exemple le chapitre hxg ou fxg nous apprend à réagir quand on a les noirs avec un roque f7-g7-h7 dans la situation où les blancs viennent de jouer Fx(cavalier ou fou)g6. En général on doit ramener le pion h vers le centre, mais parfois les blancs risquent d’obtenir de l’attaque sur la colonne h maintenant semi-ouverte. L’auteur décortique les mécanismes de cette attaque afin d’apprendre à l’évaluer, et pouvoir ainsi décider quand on doit préférer fxg6 pour sauver notre roi. Très instructif !

Je recommande ce livre pour les joueurs de niveau 1600 à 2200 élo. Très utile aussi pour les entraîneurs, une mine d’idées pour préparer des cours.

 

  • Watson J., Secrets of modern chess strategy : advances since Nimzowitsch, Gambit, 1999

watsonJe me méfie toujours des titres racoleurs, surtout quand ils promettent des secrets. Mais là c’est le sous-titre qui m’a convaincu de l’acheter, et aussi l’excellente réputation de l’auteur, le MI américain John Watson.

Dans une première partie, Watson passe en revue tous les éléments stratégiques développés par Nimzovitsch, et explique ce qui a évolué dans notre compréhension du jeu depuis 1925.

Dans la seconde partie, il développe son idée principale : l’indépendance vis-à-vis des règles. Les joueurs de haut niveau actuels ne se sentent plus obligés de suivre dogmatiquement les recommandations stratégiques classiques.

Ils connaissent bien sûr ces règles et en tiennent quand même compte bien souvent, mais la plupart du temps ils jouent simplement ce qui fonctionne le mieux, de façon très pragmatique. Et il analyse de nombreux cas pour appuyer sa thèse, par exemple il constate que les joueurs modernes ne craignent plus du tout de placer un cavalier au bord, du moment qu’il a un rôle utile et concret à cet endroit.

Qu’on soit complètement d’accord ou pas avec les idées de Watson, on voit forcément les échecs sous un angle différent après l’avoir lu, c’est un excellent remède contre les entraîneurs-gourous aux méthodes échiquéennes infaillibles.

Recommandé pour des joueurs qui maîtrisent déjà bien les principes stratégiques classiques, disons au dessus d’un élo de 1900 ou 2000.

 

  • Dvoretsky M., Yusupov A., Positional Play, Batsford, 1996

dvo_posiDvoretsky est un entraîneur typique de l’école russe : très exigeant et rigoureux. Mais aussi agréable à lire car il raconte beaucoup d’anecdotes, et c’est je pense cette combinaison d’exigence et de légèreté qui le rend aussi efficace.

Yusupov est l’un de ses meilleurs élèves, trois fois demi-finaliste du Tournoi des Candidats. Il est devenu lui aussi entraîneur. Certains chapitres sont écrits par d’autres auteurs, notamment un certain Kramnik.

Ce livre a influencé beaucoup de joueurs dans leur compréhension du jeu, et tout particulièrement le brillant chapitre sur la prophylaxie, technique qui consiste à anticiper les idées adverses, les évaluer et ensuite les interdire quand elles en valent la peine.

Je ne joue plus de la même façon depuis que je l’ai lu !

De nombreux sujets positionnels sont abordés, par différents auteurs, et le lien entre les différents chapitres n’est pas toujours évident. C’est plus un recueil d’articles et de cours un peu fourre-tout plutôt qu’un manuel structuré, comme en témoigne le chapitre de Kramnik sur la Hollandaise, qui est certes très instructif positionellement mais arrive un peu comme un cheveu sur la soupe.

Mais l’excellente qualité de toutes les contributions en fait un ouvrage incontournable.

Dans sa version initiale ce livre est probablement épuisé, mais une nouvelle version, peut-être un peu remaniée, est sortie chez Olms en 2007 sous le titre à rallonge School of Future Champions 4 : Secrets of Positional Play.

Recommandé si vous êtes motivé pour travailler dur. Elo minimum : 2000.

 

  • Lipnitsky I., Questions of Modern Chess Theory, Quality Chess, 2008

lipnitskyIsaac Lipnitsky, double Champion d’Ukraine, a publié cet ouvrage en 1956, en langue russe. Il y explique la stratégie dans les ouvertures, en intégrant les idées, nouvelles à l’époque, de l’école soviétique.

Remarquons au passage que depuis 1956 l’eau a coulé sous les ponts : la théorie des ouvertures a connu une véritable explosion, et les joueurs sont devenus beaucoup plus pragmatiques. Mais les principes stratégiques, eux, n’ont pas changé, et c’est ce qui fait l’étonnante modernité de ce livre.

Il est divisé en seize chapitres, qui traitent des thèmes et notions variées comme le centre, l’évaluation d’une position, l’approche concrète, ou l’initiative. Il prend bien souvent ses exemples dans les parties d’Alekhine, de Botvinnik, ou dans les siennes.

Comme l’explique Karpov dans la préface, le travail de Lipnitsky a eu une influence considérable sur les joueurs de l’élite, par exemple Botvinnik et Fischer, qui le citaient régulièrement dans leurs analyses.

Mais les joueurs de l’ouest n’avaient pas accès à cet ouvrage publié en russe, hormis quelques russophones comme Fischer, et il aura fallu attendre l’année 2008 pour qu’on puisse enfin le lire en anglais.

Cependant, les idées de Lipnitsky ont déjà été assimilées et utilisées par tous les auteurs de l’est, et ses exemples ont été abondamment repris dans différents ouvrages qui eux ont été traduit en anglais. Donc rien de révolutionnaire aujourd’hui dans ce livre, mais il est bien structuré, agréable à lire, les exemples sont bien choisis, alors pourquoi se contenter des imitations ?

Recommandé à partir de 1800 élo.

Tactique et Calcul

 

  • Dvoretsky M., Secrets of Chess Tactics, Batsford, 1992

dvo_tacticsCombinaisons tactiques, attaque, défense, décisions pratiques : tous ces thèmes et beaucoup d’autres sont étudiés sous tous les angles dans cet excellent livre, un classique de Dvoretsky.

Attention : fidèle à son style l’auteur n’a pas pour but de vous mettre en confiance, mais de vous faire prendre conscience du travail qu’il reste à accomplir. Parfois, après avoir essayé en vain de résoudre un exercice très difficile, on peut être surpris de lire que la solution est, selon Dvoretsky, triviale !

Le texte se lit comme un roman, ou plutôt un recueil de nouvelles, mais les exercices demandent beaucoup d’implication et de concentration si vous voulez en tirer le maximum.

Une nouvelle version est sortie chez Olms en 2003 sous le titre School of Excellence 2 : Tactical Play.

Elo minimum : 2000.

  • Blokh M., Combinative Motifs, Hannaco Enterprises, 2006

blokhUn excellent recueil d’exercices tactiques, qui sont classés par motifs tactiques, ce qui est très utile pour cibler son entraînement. Ils sont aussi classés par difficulté.

Un détail original : les diagrammes sont à la fois des exercices pour les blancs et pour les noirs, c’est-à-dire que quelque soit le trait il y a une solution à trouver !

Maxim Blokh est aussi l’inventeur de l’excellent logiciel CT-Art, dans lequel les exercices sont les mêmes. Ce livre est donc la version papier de CT-Art, pour ceux qui ne veulent plus user leurs yeux sur un écran.

Pas de texte dans ce livre, seule la notation internationale est utilisée. Et donc vous ne trouverez pas d’explications des combinaisons, et pas d’indices. Il faut déjà avoir compris les mécanismes tactiques de base pour apprécier ces exercices. Recommandé entre 1200 et 2400 élo.

Finales théoriques

 

  • Dvoretsky M., Dvoretsky’s Endgame Manual, Russel Enterprises, 2003

dvo_finalesCe manuel des finales théoriques est déjà devenu un classique. L’accent est mis sur les finales qui arrivent le plus souvent dans la pratique, et les plus importantes selon Dvoretsky sont imprimées en bleu. Ainsi on distingue clairement ce qu’on doit absolument connaître de ce qui relève de l’exemple, de la démonstration, de l’approfondissement ou de l’exercice.

Une autre trouvaille pédagogique : les tragicomédies. A la fin de chaque section on trouve des exemples de joueurs de haut niveau, y compris Kasparov, qui se trompent dans les finales qu’on vient juste de travailler. C’est à la fois amusant, instructif et rassurant !

Certains reprochent à ce livre d’être incomplet, il manque par exemple la fameuse manoeuvre du W dans la finale roi, fou et cavalier contre roi.

C’est la conséquence du parti pris de l’auteur, axé sur la pratique, qui le conduit à faire des choix discutables pour les puristes. Ce livre n’est pas un traité complet des finales, mais bien un manuel pratique.

Olibris a édité une traduction française, le Manuel des finales. Mais cette version est maintenant épuisée et introuvable.

Une limite : les explications sont généralement succintes, ce qui rend ce livre trop difficile pour un joueur de club moyen. Elo minimum : 2000.

  • Villeneuve A., Les Finales (tomes 1 et 2), Grasset, 1998

villeneuveUn ouvrage très complet sur les finales théoriques, et en Français !

Alain Villeneuve transmet sa passion pour les finales grâce à une écriture haute en couleurs, et ça fonctionne bien. En plus des passages didactiques on trouve aussi dans ce livre de belles études.

Mais une écriture agréable ne suffit pas pour qu’on puisse lire d’une traite un tel pavé (presque 800 pages). Et cette masse d’informations risque de vous rebuter au premier abord.

Je vous recommande plutôt d’en lire un passage de temps en temps. Personnellement je l’utilise depuis des années comme ouvrage de référence à chaque fois que j’ai un doute sur une finale théorique. Et je le relis avec toujours autant de plaisir !

Recommandé à partir de 1800 élo, si vous voulez tout savoir sur les finales théoriques.

 

  • Kérès P., Finales d’échecs pratiques, Grasset, 1992

finales_keres_miniJ’ai enfin lu ce fameux livre de Paul Kérès, un classique. Ça a très mal commencé : j’ai appris dans l’introduction que « les fins de parties sont beaucoup moins captivantes à étudier que, par exemple, la théorie des ouvertures ou la stratégie du milieu de jeu. » Un point de vue très courant, surtout chez les joueurs qui n’ont jamais étudié la moindre finale, mais très surprenant venant d’un joueur aussi fort que Kérès !

Ensuite je me suis intéressé aux finales roi et pion contre roi, un sujet délicat du point de vue pédagogique. Le sujet est traité sérieusement, mais l’auteur n’utilise pas la théorie des cases clés. Ce sera donc difficile pour le lecteur d’évaluer rapidement ce type de finale, sans avoir besoin de calculer.

En revanche, la section concernant tour et pion contre tour m’a bien plu. Kérès a choisi les  positions les plus importantes pour la pratique. Et il explique bien les idées et les manœuvres, avec du texte à chaque fois que c’est nécessaire. Le reste du livre est du même niveau : des cas bien choisis, car ce n’est pas un traité complet mais un manuel pratique, et des analyses détaillées et très bien expliquées.

Recommandé à partir de 1500 élo. Une lecture agréable et instructive.

 

  • Rosen B., Entraînement aux Finales, Olibris, 2010

rosenUn simple manuel d’apprentissage conçu par Bernd Rosen, un entraîneur allemand.

C’est un excellent choix pour commencer l’étude des finales, car l’auteur part vraiment de la base, ses explications sont claires et il va à l’essentiel.

Je l’utilise avec mes plus jeunes élèves.

Chaque chapitre est conçu comme une leçon qui commence par un exemple, suivi de six exercices à résoudre. Ces six exercices sont ensuite corrigés avec des explications.

Et pour ceux qui veulent aller plus loin, on trouve une série d’exercices supplémentaires.

Recommandé pour un élo en dessous de 2000.

 

Autres Finales

 

  • Cherechevski M., La stratégie dans les finales, Grasset, 1993

cherechevskiLe MI biélorusse Cherechevski a écrit ce livre à partir d’articles du maître soviétique Belavenets et de cours réalisés conjointement avec Dvoretsky. Il a efficacement synthétisé leurs idées.

Il traite des finales avec encore plusieurs pièces dans chaque camp, un sujet important car avant d’obtenir une finale théorique on doit bien passer par là.

Un grand succès d’édition : tiré à 500 000 exemplaires à sa sortie en URSS en 1981, le livre est rapidement épuisé !

L’auteur apporte sa touche pédagogique personnelle : une écriture claire et à la portée de tous, avec peu de variantes et d’analyses.

Et surtout les finales ne sont pas classées par matériel mais par méthode, par exemple un chapitre a pour titre « ne vous pressez pas ». C’est l’objectif de cet ouvrage : nous faire comprendre les idées et les méthodes en finale.

C’est le livre de finales que je conseille en premier, car il se lit comme un roman et donne le goût des finales.

Hautement recommandé entre 1200 et 2300 élo.

 

  • Flear G., Practical Endgame Play, Everyman Chess, 2007

flearLe GM Glenn Flear étudie les finales avec deux pièces (en plus du roi) pour chaque joueur. Il appelle ça les nuckies, un raccourci pour not quite an endgame.

L’auteur démontre par des statistiques que le sujet a une grande importance pratique, par exemple la finale tour et pièce mineure contre tour et pièce mineure se présente dans presque 20% de nos parties !

Et le projet scientifique est ambitieux : étudier toutes les combinaisons de pièces possibles avec un chapitre pour chaque rapport matériel.

Le résultat est un gros livre de 544 pages, qui contient des finales très bien choisies issues du plus haut niveau et de la pratique personnelle de l’auteur.

Les statistiques présentées au début de chaque chapitre sont instructives, car elles sont réalisées sur des parties de haut niveau.

Mais les conclusions par rapport matériel sont assez décevantes dans la plupart des cas. On découvre des points communs entre les finales d’un même chapitre, mais les caractéristiques de ces finales sont généralement trop diverses pour que Flear puisse dégager des principes stratégiques utilisables dans la pratique.

Cette limite du livre est la conséquence de la méthodologie choisie : étudier ces finales en fonction du matériel est très rigoureux, mais pas aussi instructif que l’approche par méthode à la façon de Cherechevski.

Finalement j’apprécie ce livre comme une excellente collection de finales de haute qualité, annotées de façon agréable, sans excès de variantes.

Une version française est sortie chez Olibris en 2008 sous le titre En finale (tomes 1 et 2).

Recommandé si vous souhaitez consacrer du temps à ces finales, et si votre élo est au dessus de 2000.

 

Ouvertures

 

  • Watson J., Maîtriser les ouvertures ( tomes 1 à 4 ), Olibris, 2009

watson_ouverturesCet ouvrage, en quatre gros volumes de 400 pages chacun, a pour objectif d’expliquer aux joueurs de club toutes les ouvertures, dès les premiers coups et avec des mots. Et John Watson sait très bien expliquer la logique des débuts de partie.

Le but n’est pas de donner toute les variantes en détail, mais de montrer les principales directions empruntées par la théorie. On peut ainsi se forger une vision globale de l’état actuel de la théorie des ouvertures.

Le volume 1 traite de 1.e4, le volume 2 de 1.d4, le volume 3 de 1.c4 et le volume 4 contient tout ce qui reste.

Bien sûr il n’est pas du tout nécessaire d’avoir les quatre tomes, je conseille plutôt de se contenter de celui qui correspond à notre premier coup blanc, c’est déjà quelques heures de lecture !

On peut être surpris que l’auteur ait consacré tout un volume à l’Anglaise, autant qu’aux coups principaux 1.e4 ou 1.d4, mais Watson est un spécialiste de l’Anglaise et il a beaucoup de choses à dire sur ce sujet !

Plus gênant à mon avis est l’oubli complet de quelques ouvertures, comme par exemple la Variante Sveshnikov de la Sicilienne ou bien la Défense Petrov.

Je conseille quand même ce livre aux grandes qualités pédagogiques, mais regardez le sommaire avant d’en acheter un volume, pour éviter toute déception.

Particulièrement adapté pour un élo en dessous de 2000, mais des joueurs plus forts peuvent l’utiliser pour débuter sur une ouverture qu’ils ne connaissent pas du tout.

 

Généralités, sujets divers

 

  • Fischer B., Mes 60 meilleures parties, Editechecs, 1995

fischerBobby Fischer a écrit ce livre entre 1967 et 1969, quelques années avant de devenir Champion du Monde en 1972.

La préface donne le ton : ces 60 parties représentent pour moi quelque chose de mémorable et de passionnant. […] J’ai essayé d’être à la fois sincère et précis dans mes analyses. Et c’est justement la sincérité et la clarté de ses analyses qui ont fait le grand succès de ce recueil de parties.

Chaque partie est introduite par un court texte du regretté GM Larry Evans, qui a su les mettre en valeur. Il a aussi bien choisi les titres, par exemple le très évocateur massacre du dragon concernant la fameuse partie d’attaque face à Larsen à Portoroz en 1958.

On trouve d’ailleurs une grande proportion de parties d’attaque, ce qui a conduit beaucoup de lecteurs à croire que Fischer était un tacticien, alors qu’il était avant tout un grand technicien.

Ce ne sont pas des parties commentées à chaud, mais des parties analysées avec le recul nécessaire, et l’auteur va à l’essentiel.

Et il n’oublie pas non plus de nous faire revivre ses impressions et sentiments durant la partie.

On a souvent droit aussi aux analyses publiées par les adversaires de Fischer, comme Keres, Botvinnik ou Korchnoi, bien souvent corrigées ou contre-dites par Fischer.

Lire une collection de parties peut être une façon agréable d’améliorer sa compréhension du jeu, surtout quand toutes les phases des parties sont aussi bien annotées, de l’ouverture à la finale.

Pour tous niveaux.